Mon premier laisser-passer…

8042012

 

Comme une enfant avant sa première audition de piano, j’ai choisi de beaux habits, ciré mes bottines, et mis du noir sur mes yeux… Comme une enfant, je suis arrivée bien en avance, histoire de ne pas passer pour la mauvaise élève de la classe, je suis devant ce lourd portail ouvert, donnant immédiatement sur un sas de contrôle digne d’un bel aéroport de province. Papiers d’identité, justificatifs, convocation, rien n’est de trop pour entrer dans ce palais du Luxembourg abritant cette immense cour, puis ces escaliers de pierre assez monumentaux… On me délivre alors mon premier laisser-passer. J’écope du numéro 36908 délivré à 14h11 précisant le lieu, la personne censée m’attendre et l’horaire de mon rendez-vous. Ce précieux sésame en main, je traverse le sas électronique susceptible de découvrir une arme, une bombe ou je ne sais quoi d’autre et me voilà dans la cour. Ma collègue se voit retenue plus longtemps encore au contrôle, n’ayant pas de pièce d’identité officielle à produire, il s’en est fallu d’un cheveu que je me retrouve toute seule, ouf !

Ce laisser-passer d’entrée au Palais du Luxembourg ressemble étrangement au petit papier rose que j’ai reçu en 1984 lors du passage de mon permis de conduire, drôle de similitude.

Pour nous l’escalier sur le côté gauche allait suffire. Là, un planton richement vêtu m’indique le chemin à prendre pour se rendre à la salle d’audition… Un escalier monumental, style empire s’ouvre à nous. Malgré l’insistance du planton pour nous indiquer l’ascenseur, ma collègue un peu claustro préfère les marches d’escalier…




Le rond-point

5022012

Elle coupa le rond-point comme un
premier acte subversif… Il fallait bien lui montrer qu’elle n’était
pas quelqu’un de traditionnel, de classique, d’attendu !

Elle était comme une adolescente
impatiente de tout, le sang bouillonnant, l’adrénaline dans tout son
corps répandait un bien être indicible… A ses côtés, un amour
naissant, beau, plein de promesses, d’inconnus à explorer, de
trésors à découvrir.

Jamais un sourire ne l’avait tant
bouleversé, à peine il s’esquissait que les yeux se plissaient et
souriaient en même temps, tout ce visage rayonnait.

Quel merveilleux bonheur que d’être
l’objet et le destinataire de ce sourire là !




Une ombre portée

12042011

une ombre portée

sur une table en bois

là, sa fragilité.




Nous danserons encore… de Fred Vargas

8042011

Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal..

Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance, nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et

d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi ou crevez avec moi.

Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer.

Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

Archéologue et écrivain




La grande mise en scène

19022011

On scotche, on trie, on affiche… Et hop sur la table, des plaquettes, des dépliants… Chacun veut son stand le plus attractif, le plus clinquant, le plus visible, le plus inventif. Là on tire une ficelle, on épingle des images, on rit de se voir comme des enfants préparant la kermesse de fin d’année. Puis on attend, on discute, on guette un peu… On regarde les autres stands, on s’éloigne et finalement on fait le tour de ce petit manège grandeur nature. Des handicapées, des volontaires de la croix-rouge, des grandes dames du Zonta, bien mises, camés en avant, chaînette dorée aux lunettes côtoient des gamins de quartiers tellement fiers d’avoir monté leur petite association d’entraide. Et nous, associations féministes, en rang serré, attendant la DAME !

La DAME qui doit passer a un pouvoir certain, elle est la seule pour qui tout ce bazar est monté, ce grand barnum installé. Autour d’elle un bourdonnement permanent de frottements, de rond de jambes, de bras, « allez y », « laissez passer s’il vous plait », ici Madame la Préfète, la caméra, les flashes, et des mains qui se tendent, partout, prêtes à être serrées, par la main de la DAME ! Elles n’attendent que ça, être enfin l’alter ego de la poignée suivante, on la souhaite la plus longue possible, on s’accroche, on parle, «…une seule idée , tu n’as qu’une seule idée à exposer, il faut être précise…», ne pas bafouiller, ne pas se rater, 40 secondes c’est hyper court pour une idée forte.

Blablablablalalala… « On ne vous laissera pas tomber ! Ouf ! » Faut-il la croire ? Faut-il se réjouir de cette petite phrase ? Et hop stand suivant, nouvelle paluche, nouveaux sourires de circonstance… Elle s’éloigne, suivie de sa cohorte de porte valise, tous à trottiner, voleter, les caméras, les photographes, et hop on ferme, on plie, on dégrafe, on retire ses pinces, la ruche n’est qu’à 15 mètres mais déjà les tables ont retrouvé leur gris d’origine… Quelle grande mise en scène !




Les profondeurs

27102010

Je viens de relire les quelques lignes écrites depuis 5 jours, et trouve la force d’en écrire d’autres.

Il y a une phrase qui vient, qui revient, mais que je n’arrive pas à écrire, alors elle repart et je peux à nouveau noircir le papier.

Je pose mon stylo entre les pages du cahier…et m’endors. Le lendemain en l’ouvrant, la phrase resurgit, sort la tête de l’eau, respire un grand coup, et replonge dans les profondeurs.




Tout lisse, tout lisse…

1072010

28 Avril 2003

Douce impression en ce jour tragique. Quel ne fut pas mon étonnement à me surprendre à avoir des pensées érotiques cet après-midi, lissant les joints de la faïence avec mes doigts humides…

Je viens de perdre un être cher.

Au même moment des images vraiment très suggestives ont surgi. Vous arriviez à l’improviste, comme ça, sans prévenir !

Je n’ai eu que le temps d’ôter la pince rose ridicule qui retenait mes cheveux en une espèce de palmier plat, avant d’ouvrir la porte sur votre sourire. Le joint de carrelage ne pouvant souffrir une attente de plus de quelques minutes, vous m’avez incitée à poursuivre et ne m’avez pas lâchée des yeux durant toute la fin de l’opération. Sont venues dans la conversation, qui se poursuivait au delà de tout ça, les références de « Butch » et de « Femme », à laquelle des deux l’une et l’autre nous pensions appartenir, les comparaisons avec des couples connus de chacune. D’une main ferme je poursuivais mon travail de plâtrière, maniant la truelle et la spatule, gestes précis, répétés tout au long du carreau, puis le lissage venait à son tour. Là, c’est l’humidité qui entrait dans le tableau, l’éponge pour évacuer le surplus et les doigts mouillés caressant ce joint avec juste la pression nécessaire. Ni trop, ni trop peu. Le résultat devant être le plus lisse, le plus doux possible. Vous n’avez pu réprimer un sourire complice, les yeux brillants et riants de cette allégorie vivante. Je vous voyais du coin de l’œil, vous devinais plus que ne vous regardais. Cette sensation de vous savoir là, de vous sentir là, de vous percevoir dans mon dos fut un enchantement. Nos pensées se rejoignaient, me procurant un plaisir indicible.

Le mystère de la naissance des idées est grand. Association d’idées, j’aurais tout aussi bien pu me diriger vers le fromage blanc battu de mon enfance, dans lequel mon frère et moi mettions du sirop de grenadine et tournions notre cuillère le plus vite possible accompagné d’un « tout lisse tout lisse tout lisse… » ou d’un « tounin tounin tounin… » selon l’humeur, jusqu’à obtenir un mélange rosé parfaitement lisse, sans grumeau. Mais non, je me suis laissée embarquer vers d’autres images, celles du plaisir, celles de la rencontre d’un doigt et d’une perle humide, douce, offerte. C’était vous qui étiez là et non mon frère, comment êtes-vous arrivée, pourquoi vous ? Ma banque de données personnelle vous a fait émerger, je vous ai laissé le champ libre, ainsi cette pensée a existé.

 

 




Gris

19122009

Gris, le temps est gris.

Vert l’horizon, bleu ton regard

Jaune mon sourire quand je te vois partir

Brillants nos regards qui se croisent dans l’obscurité

De velours tes mains qui se promènent sur mon corps

De miel ta bouche contre ma bouche.

Le temps qui coule est-il un ami ou un ennemi?

Gris, le temps est gris.  




Sucré – Salé

19122009

 

Les caresses, les premiers baisers au goût de miel, la découverte d’une bouche… Hum!

Quand l’interstice enjôleur se rapproche si près, les corps s’explorent du bout des lèvres, de la pointe de la langue. Le plaisir de goûter des saveurs nouvelles s’arrête au moment précis où le désir surgit, s’invite sans y être convié au détour d’un chemin de sable sentant l’urine et le foutre. D’innocent, le jeu bascule, devient dangereux. L’insouciance perd ses droits, la faute s’immisce…

Cette fois l’alarme est donnée par un serrement de cœur, une douce chaleur entre les jambes, un frisson parcourant le dos.

Ce désir recherché se voit refoulé à sa naissance.

Dans ma bouche il laisse un goût doux-amer, un goût sucré-salé.




De t’aimer

19122009

De t’aimer encore…

De te dire je t’aime…

De ne plus te sentir frémir…

De ton absence…

De ta présence…              

              J’ai peur.







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